• L’île aux détritus: deuxième jour

    J’ai fait un songe…

     A l’aube du deuxième jour, mon sommeil fut troublé par un chant d’oiseau lointain qui résonnait comme une complainte mélancolique. Ce lugubre bruit me rappela vite que je devais me relever pour revivre la réalité de mon naufrage sur l’île aux détritus.

     Comme ayant reçu l’ordre de me nuire particulièrement, une mouche sauvage aux pas de danse trépidants et en cadence avec son chant tout aussi nuisible, comme se réjouissant de je ne sais trop quoi, avait choisi mon visage pour lieu de célébration et ne me laissait plus d’autre choix que de me lever pour échapper à cette torture.

     C’est en me levant que je réalisai combien mon « nid » était loin d’être le cadre douillet et reposant que j’avais toujours connu depuis mes plus tendres jours. Je venais de passer une nuit dans un univers semblable à ce que j’avais souvent vu dans les films caricatures de la vie des simples hommes des forêts des cinq continents confondus.

     Il devait être six heures et on pouvait admirer le reflet du soleil levant sur le visage de la mer encore endormie. J’avais à peine commencé à savourer ce panorama unique de la nature que les douleurs de mon corps encore meurtri par les contorsions que j’avais dû subir en m’accommodant à mon « nid » toute la nuit m’intimèrent l’ordre de me rallonger pour reconsidérer la manière dont je voulais démarrer ma journée. Que présageait cette interruption subite de ce pur moment d’évasion que je voulais m’offrir?

     Comment gérer la douleur sans mes comprimés? Je n’en avais pas eu l’habitude. Pas de boite à pharmacie ! Pas d’eau chaude pour prendre un bain relaxant! Même pas un voisin bienveillant pour compatir avec moi!! Je ne pus retenir mes larmes car il fallait bien exprimer cette profonde frustration qui était encore plus douloureuse que ce que je ressentais dans mon corps. Au bout de quelques minutes, je réalisai fort heureusement que ma thérapie ne marchait pas. Au contraire, elle plongeait mon âme angoissée dans un état de morosité qui ne cadrait pas avec la beauté que dégageait le reflet apaisant du soleil levant sur le visage de la mer encore endormie. Je résolu alors de faire fi de cette douleur et de me perdre définitivement dans le concert de la nature matinale.

     Aussitôt que j’avais plongé mon regard dans la mer, ignorant le message de mes muscles, je vis au loin une pirogue de pêcheurs qui s’éloignaient après leur nuit de pêche (j’imaginais). J’étais bien surprise de voir qu’il pouvait y avoir d’autres vies humaines que la mienne dans l’environnement de l’île aux détritus.

     A suivre…

  • L’île aux détritus: premier jour

    J’ai fait un songe.

    Un jour je me suis retrouvée sur une île de détritus, sans moyen de retourner chez moi.

    Il a fallu que j’apprenne à vivre dans cet environnement.

    J’ai consacré la première matinée à la revue de mes meilleurs souvenirs de belle vie et de compagnies agréables en mimant un chant mélancolique et en écrasant une petite larme de temps à autre pour donner une âme à ma complainte.

    L’après-midi, saisie par la faim qui me tenaillait les viscères, j’ai regardé autour de moi pour trouver quelque chose à  manger. Pendant ma recherche, j’ai  retrouvé  dans les débris échoués sur la plage, des parties de vieilles marmites qui m’ont rappelé tout ce que j’aurais pu avoir à manger chez moi. J’en ai pleuré en me demandant quel terrible péché j’avais pu commettre pour que le « BON » Dieu me mette dans cette situation.

    Après avoir parcouru quelques kilomètres, j’ai découvert un bananier et, fort heureusement, il s’y trouvait quelques fruits presque mûrs. Quel régal lorsque vous vous venez de passer vingt-quatre heures affamé ! Je les ai dévorées en m’imaginant que j’étais assise confortablement dans ma maison. Un pur moment d’évasion…

    Mon repas terminé, la nuit tombant, il a fallu que je me trouve un « abri » pour la nuit après avoir été battue par les vents marins. Quelques ramassis de feuilles, des moyens de survie inspirés du film de Robinson Crusoé, en réalité suivant simplement mon instinct naturel pour retrouver le minimum de confort vital, voilà mon nid pour la nuit. Je me suis finalement endormie de fatigue malgré l’inconfort de ma couche. La fatigue aidant, j’ai eu un sommeil profond bercée par la mélancolie de cette expérience.

    Une succession de déboires… ainsi fut mon premier jour sur l’’île au détritus.

    A suivre…